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L'Ange Percé IV - La fin du jeu divin.

  • Feb 3
  • 4 min read

La tétralogie intitulée "L'Ange Percé", fut écrite à la fin des années 2010. Elle s'inspire très librement de l'œuvre d'Oscar Panniza, Le Concile d'amour. Dans un premier temps, je vous propose une analyse du texte qui est d'une lecture difficile. Puis, vous disposerez d'un lien pour que vous écoutiez les textes mis en musique.



Dans cette dernière partie de la tétralogie, le poème atteint son point d’incandescence. Nous ne sommes plus dans le constat du monde défiguré, ni dans la liturgie paradoxale du trouble, ni même dans la prière blessée du Christ au Père. Nous entrons dans une crise intérieure totale : celle d’un Christ qui, seul avec lui-même et face à Dieu, revisite sa mission, sa souffrance, et surtout la faillite de ceux qu’il avait choisis pour être ses témoins.

Ce texte ne nous donne pas un Christ apaisé, doctrinal ou triomphant. Il nous donne un Christ désœuvré, troublé, presque au bord du désespoir métaphysique, mais d’une lucidité implacable. Dès l’ouverture, la violence de sa parole frappe : « Moi, le Sauveur… je jetterais la Création dans un feu de joie. » Ce n’est pas un caprice destructeur ; c’est l’aveu d’une fatigue cosmique devant le mystère opaque de la vie. Le Sauveur se découvre dépassé par ce qu’il est venu sauver. La Création, loin d’être transparente à son amour, apparaît comme une énigme douloureuse qui le met à l’épreuve jusqu’au vertige.

Ce vertige est amplifié par le Chœur, qui traverse toute cette partie comme une houle obscure : une « mystérieuse énergie » emporte hommes et Dieu vers l’inconnu. Le Christ ne parle plus seulement de l’humanité ou du Père, mais d’un mouvement cosmique qui les dépasse tous deux. Le drame n’est plus seulement théologique ; il devient ontologique. Le salut n’est pas un point d’arrivée, mais une dérive vertigineuse à travers l’inconnu.

Au cœur de cette tempête, le Christ s’adresse au Père dans une tonalité qui oscille entre l’amour filial et le reproche douloureux. Le silence du Père devient une épreuve presque insupportable. Le visage sanglant, le « linge rouge aux pourpres du Graal », n’est plus seulement le signe de la Passion : il devient la cartographie du mal qui persiste malgré le sacrifice. La guérison promise tarde — ou peut-être ne vient pas comme on l’attendait. Ce Christ ne se berce pas d’illusions : il regarde en face l’échec apparent de la Rédemption.

C’est dans ce contexte que surgit la figure des Apôtres, et avec elle, la colère la plus tranchante du poème. Jésus ne les idéalise pas : il les nomme « bêtes ». Non par mépris gratuit, mais par désillusion amère. Ils n’ont pas été élevés par leur propre vertu ; ils n’ont quitté la fange que par l’appel du Père. Et pourtant, dès le commencement, leur cœur n’était pas tourné vers le ciel.

Le verset 4, pivot de cette accusation, est d’une cruauté lucide. Le Christ leur rappelle que ce qu’ils cherchaient ne se trouvait pas dans la lumière divine, mais dans la boue des plaisirs terrestres : sous la robe des femmes, dans la souplesse de l’or, loin du regard du Père qu’ils tentaient d’oublier. Ici, le Christ ne réhabilite pas le monde charnel ; il dénonce la faiblesse de ceux qui n’ont jamais su regarder plus haut que leurs désirs immédiats.

La conclusion est sans appel. Dès les premiers instants, les Apôtres ont échappé au Père. Ils ont aimé la richesse — répétée comme un martèlement — et, ce faisant, ils ont rejeté l’amour infini qui leur était offert. Même la beauté cosmique, « les pigments de l’Arc-en-ciel sur la robe étrange du monde », n’a pas su détourner leur regard de l’or.

Cette quatrième partie transforme ainsi tout le poème. Elle révèle un Christ qui n’est pas seulement Sauveur, mais témoin tragique de l’échec humain, fils blessé par le silence du Père, et juge sévère de ceux qui l’ont trahi par leur attachement au terrestre. Elle fait de la Création non un ordre harmonieux, mais un champ de forces mystérieuses où Dieu lui-même semble entraîné.


Lire ces pages, c’est accepter d’entrer dans une théologie de l’inquiétude, une christologie de la blessure, et une méditation radicale sur la liberté humaine. On n’en sort pas rassuré ; on en sort secoué. Mais c’est précisément cette secousse qui fait de cette œuvre une parole nécessaire : une parole qui ne pacifie pas le mystère, mais qui l’affronte jusqu’à la brûlure.



Verset 1


Moi, le Sauveur,

Je suis si désœuvré

Que je jetterais

L’encre de la Création

Dans un feu de joie.

Oh ! Je suis si perturbé

Par le mystère de la vie !

Que je me sens indigne

De la contempler.

 

Chœur

Une mystérieuse énergie

Emmène

Les Hommes et Dieu !

Vers l’inconnu,

La création tout entière !

Les Hommes et Dieu !

Vers l’inconnu !

Vers l’inconnu !

Vers l’inconnu !

 

Verset 2 

Quelle épreuve faudra-t-il

Endurer aujourd’hui ?

Les silences d’un Père ingrat ?

Il avance ses mains osseuses

Comme un bûcher noir

Sur un mal qui ne guérit pas.

Et son visage, ce linge rouge

Aux pourpres du Graal

Trace l’itinéraire du mal

Sur une guérison

tant attendue

qui ne vient pas.

 

 

Chœur

Une mystérieuse énergie

Emmène

Les Hommes et Dieu !

Vers l’inconnu,

La création tout entière !

Les Hommes et Dieu !

Vers l’inconnu !

Vers l’inconnu !

Vers l’inconnu !

 

 

Verset 3 

Les Apôtres, ces bêtes !

Seraient-ils sortis

de la fange

Sans ton injonction

céleste ?

C’est la richesse

qu’ils aimaient,

C’est toi, Père,

qu’ils détestaient.

 

Chœur

Une mystérieuse énergie

Emmène

Les Hommes et Dieu !

Vers l’inconnu,

La création tout entière !

Les Hommes et Dieu !

Vers l’inconnu !

Vers l’inconnu !

Vers l’inconnu !

 

Verset 4 

Tourne, tourne,

planète des songes,

De grandeurs et de vices.

Apôtres, mes amis

Ce que vous cherchiez

Se trouvait dans la boue ;

Dans la robe des femmes,

Dans la souplesse de l’or,

Loin de la lueur

de tes yeux

Qu’ils cherchaient à oublier.

 

Chœur

Une mystérieuse énergie

Emmène

Les Hommes et Dieu !

Vers l’inconnu,

La création tout entière !

Les Hommes et Dieu !

Vers l’inconnu !

Vers l’inconnu !

Vers l’inconnu !

 

Verset 5 :

Et c’est ainsi, Père

qu’ils t’échappèrent

Et ce, dès les premiers instants.

C’est la richesse qu’ils aimaient,

C’est la richesse qu’ils aimaient,

L’amour infini du Père          

Les pigments de l’Arc-en-ciel

Sur la robe étrange du monde…

C’est la richesse qu’ils aimaient

C’est la richesse qu’ils aimaient

Et c'est toi qu'ils détestaient !


Chœur

Une mystérieuse énergie

Emmène

Les Hommes et Dieu !

Vers l’inconnu,

La création tout entière !

Les Hommes et Dieu !

Vers l’inconnu !

Vers l’inconnu !

Vers l’inconnu !

 

 
 
 

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