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L'Ange Percé - II - La Liturgie du Trouble : plaidoyer ironique du Diable contre la Création


La tétralogie intitulée "L'Ange Percé", fut écrite à la fin des années 2010. Elle s'inspire très librement de l'œuvre d'Oscar Panniza, Le Concile d'amour. Dans un premier temps, je vous propose une analyse du texte qui est d'une lecture difficile. Puis, vous disposerez d'un lien pour que vous écoutiez les textes mis en musique.


L’Ange Percé n’est pas un simple poème : c’est une allocution. Une adresse. Une prise de parole verticale — mais venue d’en bas. On croit d’abord entendre une plainte, puis une incantation, puis une confession collective. Peu à peu, cependant, une autre figure se dessine derrière la voix : celle d’un interlocuteur clandestin, ironique, brillant, implacable. Cette trétalogie poétique ne chante pas Dieu ; il le convoque. Et celui qui le convoque n’est autre que le Diable lui-même.

Lire L’Ange Percé à cette lumière, c’est faire basculer l’œuvre dans une dimension théologique et dramatique d’une rare intensité. Le poème cesse d’être une méditation abstraite sur le trouble du monde pour devenir une plaidoirie satanique, un réquisitoire poétique où la Création tout entière est passée au crible de la dérision. Satan n’y apparaît ni comme monstre, ni comme tentateur vulgaire, mais comme un logicien incandescent, un ironiste métaphysique qui met Dieu face aux conséquences de son propre geste créateur.

Dès les premiers vers, la tension est palpable. L’humanité est décrite comme une créature fragile, “êtres de claie” déjà rongés par l’ivresse, l’oubli et les mouches de la corruption. Sous la plume du Diable, ce n’est pas tant le mal qui est célébré que la maladresse divine : comment un Créateur parfait a-t-il pu engendrer des êtres si poreux, si vulnérables, si voués à la chute ? La question, jamais posée frontalement, traverse tout le poème comme une lame.

La figure du Père — Dieu — est alors retournée comme un gant. L’“Œuvre”, loin d’être majestueuse, est frappée d’ennui ; le cosmos n’est plus ordre mais “fourbi”, bric-à-brac mal assemblé. Et lorsque le Diable rappelle que le Père “n’a que le bonheur à offrir”, le sarcasme est glaçant : quel est ce bonheur qui cohabite avec la boue, la geôle, la solitude et le néant ? Sous l’ironie affleure une thèse redoutable : la Création divine est moins un don qu’un piège.

Le refrain — “Chantons l’immense beauté du trouble !” — devient alors le cœur battant du poème. Ce n’est plus une louange humaine, mais une parodie de liturgie. On imagine Satan, chœur à lui seul, imitant les hymnes angéliques pour mieux exposer l’échec du ciel. La beauté qu’il célèbre n’est pas celle de l’harmonie, mais celle du chaos produit par la Création elle-même. Une beauté noire, lucide, presque joyeuse dans sa cruauté.

Au fil des pages, le Diable démonte méthodiquement la morale divine. L’effort spirituel cède la place au joug du plaisir ; le don se change en cravache ; l’amour, répété comme un mantra vide, devient “offrande au carton de l’être”. Tout ce que la théologie présente comme grâce apparaît ici comme mascarade. Le Diable ne prêche pas le mal : il révèle le nihilisme caché au cœur même du monde voulu par Dieu.

Puis surgit la figure centrale : l’Ange Percé. Non pas ange de lumière, mais ange blessé, entaillé, expulsé vers des prières mécaniques et une solitude absolue. Dans cette lecture, il n’est plus symbole abstrait : il devient la preuve vivante de la dureté divine. C’est Dieu — et non Satan — qui pousse l’Ange vers le désert intérieur. Et lorsque la voix intime : “Ta solitude, ton seul et véritable allié”, on comprend que le Diable ne parle pas seulement contre Dieu : il révèle une vérité tragique partagée par toutes les créatures, célestes comme terrestres.

Le dernier commandement — “Renonce à la gaité” — résonne comme une sentence cosmique. La Création n’est pas faite pour la joie, suggère la voix diabolique ; elle est faite pour le trouble, la fracture, l’exil. Mais c’est précisément dans cette fracture que la poésie trouve sa puissance. Car L’Ange Percé ne cherche pas à consoler : il ouvre une blessure lumineuse, une faille où le lecteur est invité à penser, à douter, à sentir.

Cette seconde partie de la trétralogie est donc plus qu’un poème : c’est un théâtre métaphysique, un duel silencieux entre Dieu et son ombre, un affrontement où le Diable, paradoxalement, apparaît comme le plus lucide des deux. À travers lui, la langue devient arme, le vers devient éclair, et le trouble — loin d’être une défaite — se révèle comme la condition même de la beauté.

Entrer dans L’Ange Percé, c’est accepter de traverser ce miroir sombre. On n’en sort ni apaisé, ni indemne. Mais on en sort éveillé — et cela suffit à faire de ce texte une œuvre nécessaire.



Regarde-moi, sombre écho.

L’ivresse et l’oubli se ruent,

Lucilies aux vertes morsures,

Sur les êtres de claie

Que nous avons créés !

L’ennui de l’Œuvre est divin.

L’immense fourbi du Père…

N’a que le bonheur à offrir.


Chantons l’immense beauté du trouble !

Chantons l’immense beauté du trouble !

L’amour, l’amour, l’amour,

Belle offrande au carton de l’être !

Chantons l’immense beauté du trouble !


L’effort n’est sans doute pas L’apanage de l’âme.

Vivre ensemble au joug du plaisir,

Sous la cravache du don !

C’est aux sources du plaisir

Qu’ils contemplent l’essence

Du rien qui les anime !

L’amour, l’amour, l’amour…


Chantons l’immense beauté du trouble !

Chantons l’immense beauté du trouble !

L’amour, l’amour, l’amour,

Belle offrande au carton de l’être !

Chantons l’immense beauté du trouble !


Sort tes nippes et voyage

Renonce à la gaité

Au marron du feu

À l’ypérite étoilée.

L’amour du Dieu revêche

Pousse l’Ange des confins

Au cœur des prières ânonnées.

Ta solitude

Ton seul et véritable allié.

Renonce à la gaité.


Chantons l’immense beauté du trouble !

Chantons l’immense beauté du trouble !

L’amour, l’amour, l’amour,

Belle offrande au carton de l’être !

Chantons l’immense beauté du trouble !






 
 
 

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